Yassin Boughaba, a soutenu sa thèse le 23 Novembre 2016
 

Vous venez de soutenir votre thèse de doctorat, pouvez-vous nous présenter cette recherche ?

Ma thèse porte sur les citoyennetés des classes populaires en Suisse depuis 1945, c'est-à-dire les diverses formes de participation (partisane, syndicale, associative, civique) des ouvriers et des employés subalternes. L'idée de cette recherche est de travailler avec les outils développés par les sociologues des mondes populaires sur le thème de la participation, à partir d'une étude localisée et de terrain, en l'occurrence la Ville de Renens dans le canton de Vaud. Ainsi, mon but était d'analyser les conditions sociales de participation des classes populaires en étant attentif aux différentes fractions de cet ensemble et en particulier à la division entre Suisses et immigrés.

Sur le plan des investigations, j'ai travaillé sur les archives du Parti Ouvrier et Populaire (POP) et d'autres organisations du mouvement ouvrier pour comprendre la mobilisation politique d'employés des Chemins de fer fédéraux (CFF) dans les années 1940 ; sur des sources militantes et syndicales pour rendre compte d'une grève dans la métallurgie caractéristique de la contestation des années 68 ; et à partir d'une enquête par immersion auprès de pompiers volontaires et de militants du POP afin d'étudier les citoyennetés politiques contemporaines. En parallèle, l'ensemble du travail s'appuie sur de nombreuses données statistiques sur les transformations socio-démographiques de la Ville, ce qui permet d'étayer les analyses politiques.

À mon sens, l'intérêt de ce travail est d'étudier les pratiques et représentations politiques des classes populaires en étant attentif à la segmentation interne qui caractérise cet ensemble. J'ai pu montrer que les enjeux de distinction entre les différentes fractions des classes populaires sont importants et que, souvent, les formes de participation soutiennent la distanciation entre les groupes. Par exemple, entre les employés des CFF et les ouvriers du privé dans les années 1940 ou entre les pompiers volontaires et les étrangers. Dans le même temps, mon travail permet aussi de constater que certaines mobilisations populaires débouchent sur une atténuation ou une suspension, même partielle et provisoire, de ces divisions.

Vous avez soutenu à Nantes, en tant qu'étudiant à l'UFR de sociologie et intégré au laboratoire le Centre Nantais de Sociologie (CENS), pouvez-vous nous retracer votre parcours à l'Université de Nantes ?

Alors j'étais extérieur à l'Université de Nantes jusqu'à mon inscription en cotutelle internationale. J'ai fait mes études de Bachelor et Master, en sociologie politique à l'Université de Lausanne en Suisse. Pour le doctorat, je voulais travailler sur la politique dans les mondes populaires, et c'est pour cette raison que je me suis tourné vers l'Université de Nantes.

J'étais en particulier très intéressé par les travaux de Jean-Noël Retière sur le rapport au politique des classes populaires. En accord avec mon directeur à Lausanne, Olivier Fillieule, je l'ai donc contacté pour mettre en place une convention entre les deux Universités. Par la suite, lors de mes séjours à Nantes, j'ai été très bien accueilli par les membres du Cens, notamment par les doctorant-e-s !

Maintenant que ce travail de recherche conséquent est achevé, quelles sont vos activités ?

Depuis l'été 2016, je travaille comme collaborateur scientifique à l'Office fédéral de la statistique en Suisse, dans le cadre d'une enquête sur la situation sociale et économique des étudiant-e-s. Ce travail, qui se situe un peu à mi-chemin entre la recherche et l'administration publique, me permet d'utiliser les compétences acquises durant ma formation dans un autre secteur que l'enseignement et la recherche. Parallèlement, comme je suis employé à temps partiel, je travaille à valoriser ma recherche en présentant celle-ci dans le cadre de conférences et je prépare un projet de publication de ma thèse sous la forme d'un livre.