Florian Pédrot a soutenu sa thèse le 2 décembre 2016


  • Vous venez de soutenir votre thèse de doctorat, pouvez-vous nous présenter cette recherche ?

Ma recherche avait pour but de comprendre en quoi les crises sanitaires qui se sont succédées en France depuis les années 1990 exercent une influence sur l'action publique en santé. En prenant pour terrain d'enquête des accidents médicaux sériels de radiothérapie (en l'espèce la surirradiation de nombreux patients au sein de deux hôpitaux français, ceux d'Epinal et de Toulouse au milieu des années 2000), j'ai remarqué que les précédents scandales sanitaires étaient désormais à l'origine d'anticipations parmi les acteurs de ces drames (des membres d'agences sanitaires ou du ministère de la Santé, des journalistes et les victimes elles-mêmes). Tous les acteurs anticipaient en effet ce qui risquait de se produire dans ce dossier sanitaire, eu égard au passé. Leurs actions (y compris celle des victimes) étaient tellement singulières que les accidents médicaux étudiés, qui concernaient pourtant près de 5 000 patients à Epinal et 145 à Toulouse, ne se sont pas transformés en crise sanitaire.

Pour expliquer cette non-émergence d'une crise sanitaire, on peut dire que, contrairement aux scandales antérieurs étudiés par les sciences sociales ici, le ministre de la Santé et ses conseillers en particulier, se sont mobilisés fortement. Ils n'ont pas de temps de retard par rapport aux journalistes et aux victimes. Si tel est le cas, c'est parce que les précédents épisodes de crises ont sensibilisé ces acteurs aux risques - d'abord politiques - qu'ils génèrent. La conséquence de cette mobilisation intense du personnel politique (qui se manifeste par des activités de communication et d'enquêtes), est que les comptes rendus journalistiques se caractérisent par leur alignement, tous médias et titres confondus, sur la définition ministérielle des surirradiations comme situation gérée dans la transparence. Une autre conséquence de l'intervention précoce et forte du personnel politique est que, si des victimes de surdoses se sont mobilisées pour la reconnaissance de leurs préjudices comme dans d'autres drames sanitaires, elles ne pouvaient le faire que selon des modalités non-critiques vis-à-vis des institutions sanitaires. L'intervention d'avocats auprès des victimes de surdoses a certes déplacé cette affaire sur la scène indemnitaire, puis sur la scène judiciaire. Mais, compte tenu des difficultés rencontrées par les victimes des drames sanitaires passés pour obtenir des condamnations, le droit est ici davantage un objet de canalisation du conflit que d'extension de celui-ci.

En définitive, toute ces anticipations mises bout à bout non seulement transforment l'action publique de santé, mais en outre lui adjoignent un enjeu fort et nouveau : celui du confinement - indispensable pour les acteurs politiques - des luttes de définition autour du problème à traiter, afin d'éviter tout scandale.

 

  • Vous avez soutenu à Nantes, en tant qu'étudiant à l'UFR de sociologie et intégré au laboratoire le Centre Nantais de Sociologie (CENS), pouvez-vous nous retracer votre parcours à l'université de Nantes ?

Après avoir intégré le cycle licence de l'UFR au niveau de la troisième année, j'ai débuté un master recherche en sociologie au cours duquel, en première année, j'ai mené un travail de recherche sur les mobilisations collectives dans le travail social et en deuxième année, une enquête sur l'exposition des patients et travailleurs aux rayonnements ionisants dans le milieu médical, en collaboration avec l'Ecole des Mines de Nantes.

Tout en étant rattaché à l'Université, j'ai ensuite bénéficié d'une bourse de thèse de cette Ecole pour réaliser une recherche sur le sujet des accidents de radiothérapie et les crises sanitaires. Au terme de cette bourse de thèse, j'ai exercé pendant un an la fonction d'ATER en sociologie à l'Université et donné ainsi des cours aux étudiants de licence. J'ai soutenu ma thèse un an et demi plus tard.

  • Maintenant que ce travail de recherche conséquent est achevé, quelles sont vos activités ?

Deux mois après la soutenance de la thèse, j'ai été recruté en tant qu'ingénieur de recherche pour participer à une enquête d'un an et demi sur les soins dispensés au sein des pôles et maison de santé de Bretagne, sous l'égide de l'Université de Bretagne Occidentale. Je mène actuellement des entretiens avec des professionnels et des patients dans différentes structures du territoire.