Antoine Pelicand, doctorant au Centre Nantais de Sociologie (CENS EA3260) a soutenu sa thèse le 14 octobre 2013.

"Des juges profanes. Juges de paix et juges de proximité au défi de l'intégration judiciaire."

  •  Vous venez de soutenir votre thèse de doctorat, pouvez-vous nous présenter cette recherche ?


Cette recherche a consisté à étudier de plus près des juges un peu particuliers. Pourquoi "particuliers" ?

Parce qu'ils sont censés être choisis parmi la société civile et ne pas être véritablement des professionnels afin de mieux comprendre les préoccupations des gens qui s'adressent à la justice. C'était le cas pendant longtemps (jusqu'en 1958) des juges de paix qui officiaient partout sur le territoire, dans chaque canton, et étaient choisis librement par le ministère de la Justice, indépendamment de leur connaissance du droit. Et ça a été le cas beaucoup plus récemment des juges de proximité (à partir de 2002), même si dorénavant, on leur demandait d'avoir un diplôme universitaire en droit ou une expérience dans le domaine juridique.


Ce qui m'a intéressé, c'est de comprendre alors qui on choisissait, puisque on pouvait nommer n'importe qui a priori. Juger les autres, c'est une forme de pouvoir. Et pour que ce pouvoir puisse être exercé correctement, il faut que la personne en charge soit considérée par les autres comme légitime, encore plus lorsqu'elle peut prendre sa décision sans respecter les règles officiellement posées par les lois.

En étudiant les hésitations, les revirements, les options expérimentées par les autorités publiques dans cette sélection à différentes époques, j'ai pu observer comment l'exercice de la fonction de justice changeait progressivement de sens dans notre société. En même temps, j'ai pu m'apercevoir que de moins en moins de gens se sentaient aussi capables d'assumer un tel rôle vis-à-vis de leurs concitoyens, et en tout cas, les profils socio-professionnels des candidats se modifiaient. En gros, en un peu plus d'un siècle, le juge, même dans ses activités les plus modestes, a perdu toutes ses attaches avec la société locale. Il tire presque exclusivement son autorité de sa compétence à appliquer correctement le droit, c'est à dire d'un savoir technique.

Ainsi, même pour ses juges particuliers qu'étaient les juges de paix et les juges de proximité, il y a eu ce qu'on appelle une professionnalisation qui rend ce rattachement à la société civile presque illusoire.

  •  Vous avez soutenu à Nantes, en tant qu'étudiant à l'UFR de sociologie et intégré le laboratoire le Centre Nantais de Sociologie (CENS), pouvez-vous nous redonner votre parcours à l'université de Nantes ?

En fait, mon parcours à l'université de Nantes est assez court : je ne m'y suis inscrit qu'à partir de mon doctorat pour faire mon travail de thèse sous la direction de Charles Suaud. J'avais fait auparavant un master 2 avec déjà un travail sociologique sur l'institution judiciaire à Paris (à l'ENS Cachan). J'ai eu l'opportunité d'avoir un contrat de monitorat à l'université de Nantes pour poursuivre en doctorat et c'est ainsi que je suis venu à la fois au CENS et à l'UFR de sociologie pour donner des cours.

  • Maintenant que ce travail de recherche conséquent est achevé, quelles sont vos activités ?

J'avais réussi le concours de l'enseignement secondaire avant d'entamer mes travaux de recherche. J'ai ainsi pu travailler pendant quelques années comme professeur de sciences économiques et sociales en lycée à la fin de mon doctorat, ce qui a été pour moi une très belle expérience parce que j'aime beaucoup le rapport avec les élèves. Et je suis maintenant enseignant dans un IUT "Carrières sociales" qui dépend de l'université de Nanterre en région parisienne où je continue mon travail auprès des étudiants.