Olivier Crasset, doctorant au cens, a soutenu sa thèse le jeudi 27 novembre 2014

  • Vous venez de soutenir, pouvez-vous nous présenter cette recherche ?

Ma thèse porte sur la santé des artisans au fil de leur parcours professionnel. La santé au travail est un thème qui fait l'objet de nombreuses recherches à propos des salariés mais on dispose de beaucoup moins de données en ce qui concerne les travailleurs indépendants. Or, ceux-ci sont dans une situation particulière car ils sont responsables de leurs propres conditions de travail.

Dans le cas des artisans, le travail repose sur un engagement physique important. Au début de sa carrière, un artisan s'appuie sur ses compétences physiques, quitte à malmener son corps, pour s'insérer dans le marché économique et dans des réseaux où circulent les offres d'ouvrage. Puis, quand il vieillit, le capital social, économique et spécifique permet de maintenir l'activité en prenant le relais d'une santé devenue plus fragile. Dans un premier temps, la santé est mise au service de l'entreprise, puis la relation s'inverse. L'artisan peut d'autant mieux préserver sa santé que son investissement en capital corporel a porté ses fruits.

L'enquête montre qu'il existe une dimension collective dans le travail artisanal bien que les artisans se présentent souvent eux-mêmes comme des individualistes forcenés. Un collectif de travail intervient dans la reproduction du groupe, dans la circulation des offres d'ouvrage, des risques et des savoir-faire de prudence.

Pour réaliser ce travail, j'ai combiné plusieurs méthodes d'enquête (statistiques, entretiens, observations) en insistant particulièrement sur la dimension ethnographique. J'ai cherché à exploiter au mieux ma position d'« indigène » en participant concrètement au travail aux côté de mes enquêtés et, dans la majorité des situations d'enquêtes, je passais inaperçu aux yeux des individus qui ne connaissaient pas ma qualité de sociologue.




  • Pouvez-vous nous redonner votre parcours à l'Université de Nantes ?

Mon parcours est quelque peu atypique. J'ai d'abord étudié la sociologie à l'Université Libre de Bruxelles (ULB) où j'ai consacré mon mémoire de fin d'études aux « vieux métiers » de l'artisanat. Ça m'a donné envie de me lancer dans le métier de forgeron que je pratiquais jusque là à titre de loisir. J'ai fini par monter mon propre atelier de ferronnerie d'art en répondant à des demandes variées qui allaient de la restauration de monuments historiques jusqu'à la création de mobilier contemporain. Mais après 15 ans d'activité professionnelle, je ressentais une certaine lassitude physique et mentale et j'ai souhaité reprendre les études avec le projet de faire une thèse.

En 2009, je me suis inscrit en Master 2 sociologie - recherche à l'Université de Nantes. C'était une année éprouvante car je devais réussir mes études tout en maintenant mon activité professionnelle. Pour éviter de me disperser, j'ai consacré mon mémoire au métier que j'exerçais. C'est comme ça que j'en suis venu à étudier les forgerons contemporains. En fin d'année, j'ai répondu à un appel à projet sur la santé au travail émanant du Régime Social des Indépendants (RSI) qui a financé ma thèse. Je me suis alors lancé dans le travail sous la direction d'Annie Dussuet, en élargissant la population étudiée à l'ensemble des artisans.

  • Maintenant que ce travail de recherche est achevé, quelles sont vos activités ?

Cette année, je suis Attaché Temporaire d'Enseignement et de Recherche (ATER) à l'UFR de sociologie. C'est un travail à temps plein et je ne ressens pas la sensation de vide qui peut apparaître après la fin de la thèse. En plus de l'enseignement, je cherche aussi à faire connaître mes travaux, notamment en cherchant un éditeur pour ma thèse. Il faut aussi penser à l'année prochaine et trouver un post-doctorat ou un poste de maître de conférence. C'est le parcours classique des jeunes docteurs qui essayent de se maintenir dans la recherche universitaire. Comme chacun le sait, il y a peu de postes vacants, mais je suis bien décidé à tenter ma chance. Par ailleurs, je sais que mes thèmes de recherche m'offrent la possibilité de trouver du travail dans d'autres secteurs.